Carlotta Castelnovi

Dur, dur de se présenter… Maréva Bernède, journaliste pour le mensuel Marianne Maison, a donc concocté quelques questions à poser à cette artiste qui «s’étonne encore du monde qui l’entoure ».

 

Carlotta… Où ? Quand ? Comment ? T’es qui en fait ?

J’habite à Gênes, en Italie. Depuis ma fenêtre, je regarde le va-et-vient continue des maisons flottantes en attendant que l’inspiration pointe le bout de son nez. Je vis avec deux scorpions : Fausto, mon arbre de vie et Adèle, la dernière arrivée. Les gens qui connaissent les natifs de ce signe seront d’accord pour confirmer que ce n’est pas tous les jours une sinécure ! Mais, pour quelqu’un, comme moi, qui vit la tête dans les nuages et les pieds dans une prairie, c’est peut-être plus facile.

 

« Quand je serais grande, je serais artiste-peintre » Retrace-nous ton parcours.

Je ne me sens ni artiste-peintre, ni artiste tout court… Ce sont des mots qui m’épouvantent… Oui, c’est bien le mot : qui m’épouvantent ! Je suis plutôt une petite fille qui arrive encore à s’étonner du monde qui l’entoure.

J’ai fait un lycée, option art et à l’époque, j’aurais aimé travailler avec des artistes et des artisans, mais à 20 ans, c’est difficile de rassembler ses idées. J’ai eu besoin d’un cadre, voilà pourquoi, je me suis inscrite à la fac d’archi de Gênes. Ça a duré 4 ans. Et puis… ce n’était pas moi : je me suis « enfuie » à Barcelone où j’ai connu des artistes et des illustrateurs. J’ai alors compris qu’il était possible de vivre de sa passion.

 

Hum… La fac ne t’a donc servi à rien ?

Tout sert ! Lorsque j’ai commencé à dire que je n’aurais peut-être pas été jusqu’à la licence, que je voulais changer de cap, sans bien savoir quelle était la destination et encore moins le chemin pour y arriver, beaucoup de personnes m’ont dit qu’un jour ou l’autre je l’aurais regretté. Moi, à ce moment-là, je pensais que je perdais mon temps. Maintenait, je pense au contraire que si je n’avais rien fait, j’aurais vraiment  perdu mon temps : c’est en se trompant de route, qu’un jour ou l’autre, on choisit finalement la bonne.

 

 Depuis quand es-tu une artiste à temps plein ?

À 24 ans, j’ai gagné deux concours. Le premier m’a permis d’exposer dans plusieurs villes françaises avec Bazart (www.bazart.com). Le second m’a permis de réaliser l’étiquette d’une eau minérale très connue en Italie (l’eau San Bernardo). Cela m’a permis d’acquérir une certaine crédibilité et visibilité.

 

Comment se sont passées tes premières expos ?

Au début, je ne voulais pas que les gens voient mes tableaux : je pensais qu’ils n’étaient pas assez définis, pas assez finis… Pas assez, en fait. C’est un peu la maladie des adolescents : tout blanc ou tout noir. Et puis, j’ai compris que, souvent, ce qui me plaisait ne plaisait pas aux autres et vice-versa… Cela m’a un peu tranquillisé, je me suis laissée des secondes chances et j’ai laissé aux autres la possibilité de choisir.

 

Comment as-tu élaboré ton style, ta technique ?

Comme un apprenti-sorcier ! Je suis autodidacte.

 

Cela fait maintenant plus de dix ans que tu peins. Peut-on dire que tu as évolué au fil des ans ?

Je suis très sévère avec moi-même, il est rare que je sois totalement satisfaite de ce que je fais... J’espère que cette perpétuelle insatisfaction me permettra de dire à 80 ans que j’ai évolué.

 

Comment décrirais-tu ta peinture ?

Je préfère ne pas le faire, encore moins lui mettre un nom ou une étiquette. J’aurais l’impression de ne pas laisser de place à l’imagination des gens. J’aime quand ce sont eux qui interprètent mes œuvres ou que cela réveille quelque chose comme une sensation, un souvenir…

 

As-tu un but lorsque tu peins ?

J’ai appris qu’en avoir un m’aide à être plus concrète, sinon je me perds. Je dois avouer que parfois je ressens ce besoin de me perdre. En fait, je suis continuellement tiraillée entre ce que je voudrais être et ce que je suis.

 

Que ressens-tu lorsque tes pinceaux virevoltent sur la toile?

Quand j’y parviens, une grande sérénité, sinon je regarde la plafond et j’ai une attaque de « grincheusite ». C’est peu comme avoir un orage dans le ventre. Dompter cette inquiétude quasi permanente n’est pas simple, mais pour moi c’est généralement la tempête avant le calme… Je crois que je fonctionne un peu à l’envers.

 

Puisque tu en parles, attention, question «  La philo selon Philippe » : comment te vient l’inspiration ?

En regardant le monde la tête à l’envers, en ne sachant plus où finit le ciel et où commence la mer, en allant chercher ma petite fille à la crèche, en ronchonnant après l’aspirateur, le lave-linge, le lave-vaisselle…, en regardant par-dessus l’épaule de Fausto, en suivant le vol de deux tourterelles, lorsque le vent ébouriffe mes cheveux….

 

Pour me rattraper, une question philo et basta : selon toi, l’art est-il un langage universel ?

Souvent les gens se reconnaissent dans mes tableaux, et pour moi c’est magique ! Je ne pensais exprimer que mes sensations, mais je découvre en fait qu’elles nous sont toutes communes. J’aime les choses simples, même si je me suis rendue compte que ce sont les plus difficiles à conquérir ! Voilà pourquoi elles nous étonnent et nous touchent davantage. Il est grand temps de remettre un peu de simplicité dans notre quotidien !

 

As-tu réalisé des œuvres, autres que des tableaux ?

Mes rencontres m’ont amené à faire plein de choses : j’illustre des livres pour enfants, j’ai réalisé des librairies à partir de caisses de vin (j’ai longtemps vécu à Asti), j’ai dessiné les étiquettes de bouteilles… J’adore expérimenter, tester, tenter de nouvelles choses. J’aimerais bien dessiner des étoffes, par exemple.

 

Pour conclure : trois mots pour décrire les avantages de ta vie d’artiste.

Pouvoir se permettre la solitude, la liberté et la fantaisie.